Mettons fin aux services audio-visuelles privateurs et/ou centralisés

Définitions

logiciel libre
logiciel que l'on peut utiliser pour tous les usages, étudier le fonctionnement, modifier et partager que ce soit une version originale ou modifiée sous forme de code source ou un code plus proche de la machine
logiciel privateur
un logiciel qui ne remplit pas au moins une des conditions pour être dit libre
logiciel propriétaire
synonyme de logiciel privateur
service audio-visuelle
service fournissant des contenus audios et/ou vidéos
service centralisée
service fournit d'un seul endroit et/ou par une seule entité

Exemples de services audio-visuelles privateurs et/ou centralisés

Des problèmes des services audio-visuelles privateurs et/ou centralisés

Les problèmes décrits ne touchent pas tous les services audio-visuelles privateurs et/ou centralisés.

Les logiciels privateurs

Certains services utilisent, partagent ou encouragent l'utilisation d'un ou plusieurs logiciels privateurs. Les logiciels privateurs, aussi appellés logiciels propriétaires, ne respectent la liberté de leurs utilisateurs. En effet, ce sont des outils dont l'utilisation, le fonctionnement, la modification et/ou le partage est restreint. La ou les restructions sont légales et/ou techniques. Les logiciels privateurs sont des instruments de pouvoir pour ceux et celles qui les contrôlent. Hors, avoir la possibilité de contrôler les outils de tiers est injuste.

Pour avoir le contrôle de son informatique et avoir le droit de partager vos outils avec vos communautés, le logiciel libre est une condition nécessaire. Cependant, utiliser le logiciel libre sur vos machines ne suffit pas. Il faut également que votre informatique ne se fasse pas sur des ordinateurs sur lesquels vous n'avez pas de contrôle. Sinon, ce sont les possesseurs des ordinateurs tiers qui contrôlent une partie de votre informatique, que les logiciels dessus soient libres ou pas n'y change rien. Cela est appellé le « service se substituant au logiciel », ou SaaSS.

La centralisation

La centralisation est une accumulation de pouvoir par quelqu'un ou quelques uns. Elle facilite un certain nombre de choses, comme l'atteinte à la vie privée, la censure et la position dominante (qui peut par exemple faciliter le passage en force de nouvelles conditions). Benjamin Bayart a expliqué le problème en détail dans des conférences, comme celle nommée Internet libre ou Minitel 2.0 ?.

Les tris

Certains services audio-visuelles trient les contenus. Si les méthodes de tri et les données nécessaires au tri sont publics, trier n'est pas un problème. Mais si ce n'est pas le cas, le contrôleur du service a un pouvoir non transparent sur la vision du monde des utilisateurs de son service.

Un tri courant est de mettre en avant les contenus les plus populaires. On peut penser que c'est bien, en effet les contenus les plus populaires sont à priori les plus susceptibles de plaire. Néanmoins, cela crée un cercle vicieux, car en en promouvant les contenus les plus populaires cela contribue à leur plus forte popularité que les autres. De plus, cette forme de tri fait peser sur les individus l'influence sociale ("si beaucoup d'autres ont pensé que c'est bien cela l'est probablement", "si beaucoup d'autres l'ont lu/écouté/vu, il ne faut pas que je sois le seul qui n'en est pas eu connaissance", etc.), ce qui contribue au conformisme. Cette forme de tri est donc favorable à un conformisme culturel et agit contre la diversité. Proposer ce tri n'est pas un mauvais en soit, mais il est problématique que ce soit celui par défaut.

Certains services font du tri personalisé selon l'individu. Cela nécessite de le connaitre, le système a donc besoin de données personnelles. Pour plus d'efficacité, certains systèmes croisent les données avec celles d'autres utilisateurs. Cela contribue à enfermer l'individu dans la vision du monde qu'il a déjà. Eli Pariser appelle cela des bulles de filtres. Ce même problème est aussi qualifié d'enfermement algorithmique. Mais le but recherché est différent, conforter l'individu dans sa vision du monde est un effet indirect. En effet, l'objectif est de rendre heureux l'utilisateur pour qu'il continue de payer, donner du temps de cerveau disponible pour des publicités et/ou fournir des données personnelles.

Le tri peut aussi permettre de tenter de comprendre comment les individus fonctionnent. En effet, un service peut trier d'une manière arbitraire, puis étudier les comportements en fonction du tri appliqué. Ainsi, un service peut se servir de ses "utilisateurs" comme des cobayes. Néanmoins, trier dans ce but est mauvais uniquement si c'est fait par défaut ou sans possibilité de désactivaton après activation volontaire sans pression.

On pourrait penser que les tris faits par des ordinateurs sont neutres. En effet, les ordinateurs sont des machines bêtes qui se contentent de faire des calculs sans émotion ou biais idéologique. Mais comme cela a été écrit, les tris influencent notre manière de voir le monde. De plus, les méthodes de tri sont faites par des humains, or les humains ne sont pas neutres, mais c'est eux qui font les algorithmes, il est donc possible inconsciemment qu'ils introduisent leur mode de pensé dans un algorithme. Il existe des algorithmes de tri qui ne savent pas directement trier, il faut qu'ils passent par une période d'apprentissage, ces algorithmes sont neutres, mais les données qui lui ont été données pour qu'il apprenne ne sont pas neutres, or elles vont servir à déterminer son comportement.

La publicité lucrative

Un service peut proposer de la publicité. Ce n'est pas un problème, on peut aimer la publicité proposée, cela regarde ceux et celles qui y sont exposés. Néanmoins, il y a de nombreuses raisons pour ne pas aimer la publicité lucrative. De plus, ce n'est pas ce que l'on attend d'un service audio-visuelle. Donc si un service audio-visuelle propose de la publicité lucrative, elle ne doit donc pas être activée par défaut (principe d'"opt-in") et il est bien entendu encore plus embêtant de l'imposer.

Certaines personnes sont favorables à la publicité lucrative "opt-out" et/ou imposée parce qu'il faudrait financer la création. De nombreux exemples montrent que l'on peut créer sans financement, il n'est donc pas nécessaire. Dans certains cas, le financement peut aider, mais il peut aussi être nuisible. Dans les cas supposés positifs du financement (à chacun d'exercer son jugement en fonction des cas), il ne faut pas oublier que la publicité est un moyen parmi d'autres (don, abonnement, vente de produits dérivés, etc.). De plus, le financement par la publicité incite à faire du contenu qui va maximiser le gain de la publicité (nombre de vues, nombre de clics, pourcentage sur un achat suite à une publicité, ou autre chose, en fonction du publicitaire), hors cela ne mène pas nécessairement à des créations intéressantes et de qualité. Il y a également une dépendance au(x) publicitaire(s), ce qui peut mener à la censure (y compris l'auto-censure).

Certaines technologies permettent de demander l'exécution d'instructions à un ordinateur. Ces technologies peuvent être utilisées par un publicitaire. Il faut noter que certains logiciels acceptent d'exécuter tout et n'importe quoi par défaut. Les instructions peuvent être malveillantes et potentiellement essayer d'exploiter une ou des failles de sécurité. Les publicitaires utilisent ce genre de technologies généralement uniquement pour maximiser leurs gains (par exemple en vous profilant ou utilisant votre bande passante pour des choses que vous ne voulez pas forcément comme des vidéos ou sons qui sont démarrés à votre insu). Mais, les réseaux publicitaires peuvent être contaminés pour diffuser des logiciels encore plus malveillants que certains des leurs (même si c'est un des plus gros réseaux de bourrage de crâne lucratif).

Les services via Internet ont potentiellement une capacité que les services à large diffusion d'avant n'avaient pas : ils peuvent récupérer des données personnelles. Les publicités sur Internet sont donc parfois nuisibles à la vie privée. Les données collectées peuvent servir pour la personnalisation des publicités, mais rien n'empêche qu'elles servent aussi pour d'autres choses. Cette personnalisation ou ciblage est parfois fait sans le consentement explicite et clair (comprendre pas noyé dans des conditions d'utilisation longues et/ou incompréhensibles). Pour faire un ciblage efficace, avoir beaucoup de données aident, les plus gros sont donc souvent de très bons chasseurs, ce qui incite à se tourner vers eux pour diffuser, ainsi ils peuvent collecter encore plus de données, c'est un cercle vertueux pour les plus gros mais nocifs par beaucoup d'aspects (comme la vie privée, la centralisation et l'émergence de nouveaux). De plus, cette personnalisation peut poser des problèmes ethiques, comme cela peut être le cas pour le ciblage ethnique.

Laurent Chemla a expliqué plus longuement certains problèmes dans un article intitulé "Les macarons du diable" que je vous invite à lire.

La vie privée

Les plateformes centralisées et/ou privatrices de contenus sont souvent nocives pour la vie privée. Elles peuvent l'être en analysant comment les personnes les utilisent (ce qui attire l'attention, vitesse de défillement, position de la souris, à quel moment les personnes arrêtent de les utiliser, etc.). Elles ont la capacité d'exploiter les interactions, les contenus de celles-ci (les textes, les sons, mais aussi les vidéos), mais aussi les méta-données (avec qui, comment, quand, ou, etc.) (qui sont bien plus faciles à stocker et analyser). Pour pister, elles ont la possibilité de collecter des informations techniques (adresse IP, système d'exploitation utilisé, navigateur web utilisé, résolution et taille de l'écran, etc.).

Il y a 2 grandes explications (pour ces plateformes) à s'en prendre à l'intimité : les données sont le coeur de leur modèle économique et/ou vous rendre addict. Si les données des usagers sont indispensables à la survie économique de la plateforme, c'est qu'ils sont les produits (publicités lucratives, revente de données, etc.). Rendre accro permet d'inciter à continuer de payer (directement) la plateforme et/ou récolter toujours plus de données. Le but est bien souvent en dernier ressort purement économique, mais cela n'enlève rien à la violation de vie privée et ses conséquences potentiellement facheuses.

Ces informations peuvent servir à évaluer votre profil (par exemple pour un crédit immobilier). Le fait de savoir être constamment épié peut amener (potentiellent inconsciement) à s'auto-censurer, à se conformer à ce que l'on suppose que les gardiens et gardiennes veulent de nous, ce qui est une prison panoptique (mentale).

La censure

Une des conséquences de la centralisation est la dépendance à une unique source. Si celle-ci censure un contenu, cela peut se faire sans prevenir et sans possibilité de récupération. De plus, si quelqu'un veut censurer un contenu, c'est techniquement facile avec une source centralisée, donc particulierement tentant.

Un service centralisé est controlé ou au moins controlable par une seule personne physique ou morale. La ou les dites personnes est/sont soumise(s) à une ou des juridictions. Ces juridictions peuvent ou pourront interdire des contenus légaux dans d'autres juridictions. Un service centralisé est donc toujours au moins susceptible de censurer des contenus s'il veut survivre légalement.

Des juridictions rendent responsables les hébergeurs des contenus. Ainsi, ils peuvent risquer des problèmes judiciaires. Les services centralisés sont souvent commerciaux, or une entité commerciale privilégie par nature l'argent à l'intérêt général. Un service commercial pratique donc souvent une censure très virulente pour limiter le risque judiciaire au risque de censurer des contenus légaux. Cela est parfois fait d'une manière automatique, or la question de la légalité est une question compliquée qui demande une expertise humaine (exceptions au droit d'auteur·e, où commence et où prend fin l'incitation à la violence, etc.). De plus, le ou les détenteurs d'un service audio-visuelle ont parfois des intérêts avec des personnes ayant des droits d'auteur·e, c'est particulirement courant avec ceux qui sont commerciaux. Il peut aussi exister des liens politiques. Les personnes détentrices de droit d'auteur·e peuvent demander une censure d'un contenu sans passer par la justice. Or, pour entretenir de bonnes relations avec eux, il peut être tentant d'accepter des demandes même s'il n'est pas évident que le contenu est diffusé illégalement. Certains services vont jusqu'a automatiser au moins en partie cette censure. Certains services centralisés audio-visuelles deviennent donc des polices privées.

Même quand il n'y a aucune doute sur la légalité d'un contenu, il peut être censuré. En effet, certaines plateformes ont des conditions d'utilisations qui interdisent des contenus légaux. Cela leur permet d'appliquer leurs morales (dont une des conséquences est de brider la créativité artistique). Censurer au-delà de la loi est une approche éditoriale. Or un éditeur est responsable des contenus qu'il publie. Ce n'est en revanche pas le cas des hébergeurs, mais qui ne doivent en théorie pas censurer au-delà de la loi. Or certaines plateformes font des choix éditoriaux mais ne veulent pas être responsables, ne pas permettre d'exercer pleinement la liberté d'expression doit avoir un coût, il est scandaleux de profiter des avantages des 2 mondes mais de ne pas se soumettre aux inconvénients, ces plateformes sont des polices de la pensée.

Limiter les dégats

Ne pas télécharger et visionner leurs publicités

Certains services sont financés au moins en partie par la publicité. Certains logiciels permettent de ne pas télécharger la publicité en fonction de certains critères (souvent via l'URL). Ces logiciels ne sont donc jamais 100% efficace et peuvent faire de l'excès d'anti-téléchargement. On peut par exemple citer le module complémentaire uBlock Origin pour Firefox/Iceweasel/IceCat et AdAway pour Android.

Ne pas exécuter leurs programmes

Certains services necessitent ou encouragent à utiliser leurs programmes. Leurs programmes peuvent collecter des données personnelles et les envoyer sans en informer. Ils peuvent aussi utiliser votre connexion à Internet à leurs profits et il en est de même pour la puissance de calcul de votre ordinateur. Il est donc conseillé de ne pas exécuter leurs programmes. Il n'est néanmoins pas problématique de faire une exception de ceux qui sont libres et qui nécessitent une approbation claire et explicite pour chaque changement.

Il n'est pas compliqué d'identifier les applications natives. Mais, il est souvent méconnu ou oublié que les pages web peuvent contenir des programmes. Les navigateurs web n'ont aucune obligation de les exécuter. Cependant, certains le font par défaut, sans même vous le demander au nom du confort. Hors, les programmes envoyés peuvent être non libres et donc être non éthiques. De plus, ils peuvent potentiellement changer à chaque chargement de page. Pour la sécurité et la vie privée, il est donc conseillé de ne pas les exécuter. L'extension NoScript peut permettre de désactiver les programmes web par défaut. Si vous voulez vous limiter au programme non libre, il existe LibreJS. Il existe aussi Privacy Badger qui empêche l'exécution uniquement de ce qui lui parait louche.

Télécharger les contenus

Pour lire des contenus de certains services web, il est parfois nécessaire d'exécuter au moins un programme non libre. Cela n'est techniquement jamais nécessaire avec les navigateurs web datant de 2014 ou plus, c'est donc un choix délibéré d'imposer leur(s) programme(s). Un programme de lecteur de contenu peut être utile pour la personnalisation ou ajouter une ou des fonctionnalités supplémentaires, mais aussi pour traquer (savoir quand vous avez commencé à regarder, puis potentiellement mis en pause et repris, savoir si vous avez consommé tout le contenu, etc.). Pour certains services, il existe un ou des programmes libres qui permettent de télécharger les contenus. Il existe par exemple youtube-dl (avec une interface graphique optionnelle) qui gère bien plus que YouTube. Il y a également des logiciels pour télécharger et lire avec une même interface des contenus disponibles via Internet (comme Minitube, Kaku, Harmony ou mps-youtube). Il peut aussi exister des services web (comme HookTube et CONV) qui sont apparemment légaux en France (du moins en 2016).

Leur envoyer de fausses informations

La connaissance d'une adresse IP peut permettre de savoir quel est notre fournisseur d'accès à Internet, notre position géographique approximative est plus ou moins stable. C'est donc une donnée potentiellement pertinente pour suivre un·e internaute. On peut heureusement ne pas communiquer son addresse IP fournie par le fournisseur d'accès à Internet. Pour cela, on peut pas passer par un proxy réseau ou un VPN. On peut aussi passer par un réseau d'anonymisation, comme Tor. Si on veut une solution clé en main uniquement pour le Web, on peut par exemple utiliser le navigateur web Tor.

Un nombre important de protocole de communication informatique prévoit l'envoi d'un user-agent. Un user-agent est une chaine de caractères qui indique quel logiciel le client prétend être. Ce principe existe pour HTTP(S) qui est le protocole à la base du Web (à ne pas confondre avec Internet). Le user-agent peut être utilisé pour aider à identifier un internaute. Pour empêcher ou au moins limiter l'identification via ce moyen, on peut demander à ses programmes de mentir en envoyant un user-agent ne correspondant pas à la réalité. Par exemple, on peut envoyer un user-agent courant (pour ce fondre dans la masse) ou en envoyer un aléatoire. Dans les navigateurs web, il faut souvent passer par un module complémentaire (ou plugin en anglais), comme Random Agent Spoofer (qui est libre et gratuit) pour Firefox/Iceweasel/IceCat.

Informer des problèmes

Vous pourriez juger que partager une vidéo uniquement disponible via un ou des services problématiques est supérieur au(x) problème(s) engendré(s) par le dit service. Dans ce cas, vous pouvez en profiter, en plus de partager un lien vers la vidéo, pour parler des problèmes du ou des services. Vous pouvez faire votre propre texte, en utilisez un libre de diffusion et/ou partager un ou des liens vers un ou des articles qui expliquent les problèmes.

Exemple de texte informatif en Markdown à partager avec un lien vers YouTube

Partager votre contenu aussi de manière éthique

Les services audio-visuelles privateurs et/ou centralisés peuvent être des sources non négligeables d'audience. Vous pensez peut être qu'il est préférable de diffuser le plus largement possible votre contenu, malgré le cout éthique. Dans ce cas, pensez à partager votre contenu aussi de manière éthique pour ne pas géner ceux et celles qui trouvent certains services fortement génants voire inacceptables.

Éliminer les problèmes

Logiciel libre

Pour que les utilisateurs aient le contrôle (au moins collectif) sur leur informatique, il est nécessaire (mais pas suffisant) qu'ils utilisent uniquement des logiciels libres. Il faut donc que la récuparation et la lecture de contenus soient faisables sans logiciel privateur. Il ne vaut mieux pas que vous proposiez une ou des méthodes ne fonctionnant qu'avec un ou des logiciels privateurs. En effet, dans le cas contraire, cela pourrait amener de nouveaux utilisateurs à ces logiciels et conforter celleux qui les utilisent déjà.

Il ne faut pas inciter les autres à perdre leur liberté, cependant il ne faut pas imposer sa vision des choses. Si votre contenu est récupérable et/ou lisible avec un ou plusieurs logiciels privateurs mais également avec un ou plusieurs logiciels libres, ce n'est pas un problème s'il n'y a pas d'incitation pour aucun logiciel privateur. Si certains ne tiennent pas à leur liberté, c'est triste, mais le changement doit se faire par la conviction et non par la force. Il est donc mauvais de mettre en place une ou plusieurs mesures uniquement dédiées à rendre plus difficile la récupération et/ou la lisibilité avec un ou des logiciels privateurs.

La création de contenus ne concerne que les créateurs et créatrices de ceux-ci, elle est indépendante de la diffusion. Ainsi un contenu fait avec un ou des logiciels non libres, mais récupérable et lisible (techniquement et légalement) sans logiciel privateur n'est pas un problème pour les consommateurs et consommatrices de contenu. La liberté des créateurs et créatrices de contenu n'est pas le sujet principal de cet article. Il n'est pas problématique directement de violer sa liberté, cela n'affecte en effet pas celles des autres. En revanche, si vous insitez les autres à bafouer leur liberté, vous vous constituez complice dans leur potentiel perte de liberté. Notez tout de même qui si beaucoup violent leur liberté, cela facilite le développement des méthodes non éthiques, ce qui contribue à ce que d'autres personnes prennent leur liberté à la légère (potentiel meilleur financement et notoriété des méthodes non éthiques, "beaucoup de personnes font comme cela", etc.). Créer des contenus avec une ou des méthodes non éthiques est donc problématique, bien que cela soit indirect.

Décentralisation

Un système décentralisé est un système réparti. Avec ce genre de système, plusieurs personnes différentes et indépendantes entre elles peuvent participer au système. Ainsi le risque que tout le système s'effondre ou soit arrêté d'un coup est très faible, en effet une partie des participants et/ou participantes au système peut arrêter de participer sans que cela affecte le système. De plus, puisqu'il n'est pas nécessaire d'interroger un point central, chaque morceau du système peut ne connaitre qu'une partie de ce qui s'y passe, les risques de vie privée sont donc moins graves (mais pas nécessairement moins probables). La décentralisation complique la censure : il est plus facile et moins couteux de faire une demande à une autorité qui contrôle tout le système plutôt qu'à plein d'autorités. Un système réparti n'est pas nécessairement un système P2P (pair-à-pair).

Diffusion pair-à-pair du contenu

Pour les services audio-visuelles, le plus lourd en terme de bande passante est les contenus. En effet, l'audio et encore plus la vidéo est bien plus lourd que du texte même "enrichi" (style, liens, etc.). C'est donc techniquement la partie la plus dur à décentraliser. Au moins jusqu'en 2017, partager une vidéo d'une qualité raisonnable à une centaine d'autres ordinateurs en même temps est possible avec un simple ordinateur et une connexion grand public à Internet, mais très lent. Si un individu lambda veut partager des contenus d'une manière potentiellement massive, il n'est pas envisageable qu'il le fasse avec sa seule connexion à Internet.

Pour résoudre ce problème, les autres utilisateurs après avoir obtenu au moins une partie du contenu peuvent le repartager. Il existe au moins une solution technique qui implémente la manière dont les ordinateurs doivent communiquer entre eux pour un tel système : c'est le protocole BitTorrent. Ce protocole est libre et implémenté dans de nombreux logiciels libres (comme Transmission, LibreTorrent, Deluge et qBittorrent). Pour partager un ou des fichiers via ce protocole, il faut avoir un peu d'informations sur ces derniers et comment les récupérer, ce qui est fournit par un fichier torrent (qui est facile à créer). Cela peut être lourd si on en partage énormément, ou problématique légalement si le partage n'est pas légal, il existe les liens magnet pour pallier à cela.

PopCorn Time a montré (si tant est que cela ait été nécessaire) que le protocole BitTorrent est une solution viable techniquement et peut parfaitement être caché par une belle interface graphique. Il existe Butter Project qui est un projet visant à reprendre PopCorn Time pour en faire une version légale pour que tous et toutes puissent légalement partager leur contenu et celui des autres.

BitTorrent peut être utilisé via le Web, sans plugin. Par exemple, WebTorrent est une implémentation de BitTorrent qui marche en JavaScript. De plus, une source web ou FTP peut être utilisée en tant que source pour un contenu BitTorrent (avec BEP 19). C'est par exemple ce sur quoi s'appuie PeerTube et Cobalt.

Freenet permet aussi de partager du contenu d'une manière décentralisée. C'est une technologie plus générale, plus lourde et qui change souvent. Il existe d'autres technlogies similaires comme IPFS ou dat.

Diffusion non pair-à-pair du contenu

Pour des contenus dont la diffusion ne sera à priori pas massive, d'autres technologies peuvent être employées. On peut aussi utiliser ce genre de technologie pour faire du partage massif, mais cela va rapidement être couteux.

Le Web permet de diffuser du contenu audio et vidéo. Cela peut se faire avec n'importe quel serveur web. Il existe 2 balises HTML pour cela : audio et video. Il existe des interfaces graphiques pour ne pas à avoir à faire directement du HTML. Une solution encore plus simple est de faire un lien direct vers le contenu.

Il y a aussi FTP qui est un protocole Internet vieux, mais qui fait le travail et bénéficie de nombreux logiciels avec une interface graphique pour l'utiliser (comme FileZilla). IRC permet également de distribuer des fichiers, mais ce n'est pas son but principal. SSH, via la commande scp ou SSHFS, fait également l'affaire.

Il existe des logiciels spécialisés pour la gestion de contenus audio-visuelles avec des interfaces graphiques. Par exemple, on peut citer : MediaGoblin, Ampache, Plumi, MediaSPIP et MediaDrop. Pour certains, ils peuvent ou pourraient être facilement installés avec YunoHost (qui est pré-installé sur "la brique Internet" de FFDN) ou FreedomBox.

Diffusion des références pour accéder aux contenus

Le système de diffusion de contenus n'est pas nécessairement le même que celui permettant d'avoir une ou des références sur les contenus. Cela ne veut néanmoins pas dire qu'il est impossible qu'un système fasse les 2 fonctions. Le Web permet par exemple d'accéder à un contenu (via des requêtes HTTP potentiellement encapsulées dans une couche de chiffrement comme TLS), mais également de faire une référence à un contenu (via une URL cachée par un lien hypertexte), et il propose même une fonction d'organisation (HTML) et de mise en forme (CSS). On peut néanmoins ne pas utiliser le Web pour la diffusion, par exemple en utilisant le protocole BitTorrent, mais l'utiliser pour tout le reste ou qu'une partie du reste (par exemple via une API en JSON et/ou XML utilisé pour faire une interface non web).

Maintenant que les choses sont claires sur les mots et expressions (nul besoin de comprendre le vocabulaire d'informaticien utilisé dans les exemples), il est temps de répondre à la question : comment diffuser des références pour accéder aux contenus ? Il y a plein de manières techniques différentes, ce qui suit est donc une liste non exhaustive.

Il y a bien entendu le Web. Il est spécifié, très utilisé (du moins en 2016), et implémenté par de nombreux logiciels (dont des libres). Il peut facilement être utilisé : création à la main de pages web, logiciel dédié pour faire un blog web (WordPress, SPIP, Dotclear, Jekyll, WriteFreely, Plume, NanoBlogger, BlazeBlogger, etc.), logiciel de communication permettant de faire de la publication persistante (Movim, diaspora*, Pleroma, Mastodon, GNU Social, etc.), moteur de wiki (MediaWiki, DokuWiki, XWiki, Wiki.js, YesWiki, ikiwiki, DidiWiki, etc.), ou encore par un autre moyen. Il a également l'avantage d'être décentralisé : chaque site web peut être hébergé par un ordinateur distinct détenu par une autorité sans lien avec les autres. Néanmoins, chaque site web est une entité centralisée. Un site web peut être attaqué ou stoppé volontairement, et donc devenir indisponible. Il existe néanmoins une contre-mesure simple : faire des copies. C'est trivial techniquement de copier (par exemple avec wget ou HTTrack) et de mettre en ligne : on parle de faire un site web miroir. Les communications à un site web peuvent être chiffrées. S'il y a chiffrement, ceux et celles qui écoutent le réseau peuvent uniquement savoir qu'une requête web a été faite à tel ordinateur quand et par quel machine, uniquement celui qui contrôle le site web sait quel est le ou les éléments demandés (il n'y a pas forcément que des pages, il peut y avoir des images, etc.). Néanmoins, il y a là un problème de vie privée : les gérants des sites web n'ont pas à connaitre un identifiant technique (comme une adresse IP) qui permette d'avoir une information sur ses lecteurs et lectrices facilement stockables. En effet, sinon cela serait une régression par rapport au libraire qui accepte le cash et dont il est improbable qu'il stocke de lui-même d'une manière organisée qui a acheté ou regardé tel ouvrage et quand. On peut heureusement mettre une couche d'anonymat pour accéder au Web avec un réseau d'anonymisation (comme Tor). Le Web peut aussi poser le problème du JavaScript, mais il n'est nullement nécessaire, il ne faut pas l'écarter parce qu'il a une fonctionnalité potentiellement nocive. Le Web est donc une solution utilisable éthiquement.

L'email peut aussi être utilisé. Cela peut être fait via une liste de diffusion (par exemple avec Mailman ou Sympa). Néanmoins, l'email suppose d'avoir une adresse qui ne peut pas être secrète. On peut néanmoins en avoir plusieurs avec des noms symboliques sans lien avec notre personne. On peut également passer par un réseau d'anonymisation si l'on n'a pas confiance dans son ou ses fournisseurs d'adresse(s) email(s). Mais comme pour le Web, on peut auto-héberger son propre "serveur email" (techniquement c'est faux, il faut un serveur de réception des emails et un autre pour l'envoi).

On peut aussi utiliser un système distribué plus fortement que le Web et garantissant un niveau de vie privée supérieur à celui-ci si on n'utilise pas en plus un réseau d'anonymisation. Il existe par exemple ZeroNet, Freenet, IPFS et dat. qui sont libres, gratuits et fonctionnent au moins sur GNU/Linux, Windows et macOS. Pour faciliter l'utilisation, il y a Beaker Browser qui est un navigateur web supportant nativement des protocoles de ce genre.

La diffusion peut aussi se faire tout simplement via des échanges entre contacts (famille, ami·e·s, collègues, etc.), d'une manière numérique ou pas. D'un point de vue numérique, de nombreuses solutions peuvent être utilisées : email, XMPP, SIP, etc.

Mécanisme d'abonnement

Flux de syndication

Pour le Web, il existe un moyen standardisé et simple de faire un système d'abonnement (nommé syndication). Il s'agit des flux Atom et RSS (conceptuellement identiques mais légèrement différents techniquement). Ce sont des fichiers structurés qui contiennent des actualités. Il suffit d'aller chercher la dernière version à un intervalle régulier (et comparer avec la dernière version) pour se tenir informé de ce que raconte une personne physique ou morale. De nombreux sites web, notamment les blogs et sites web de presse, en proposent.

Pour facilier l'usage et centraliser toutes les sources d'informations que l'on veut suivre, il existe des logiciels spécialisés, qui sont nommés clients Atom/RSS. Ils s'occupent d'aller chercher les dernières nouvelles, d'indiquer celles qui sont lues et celles qui ne le sont pas, ils permettent de trier les sources en catégories, etc. Ils en existent des libres et gratuits, comme Liferea et spaRSS.

Partage sur "réseaux sociaux"

Un certain nombre de personnes est habitué à utiliser des "réseaux sociaux" pour s'informer. On peut par exemple citer : GNU Social, XMPP (à travers par exemple Movim et Salut à Toi), diaspora*, friendica, EtherTweet, et twister). Ils ont des fonctionnalités d'abonnement qui peuvent être exploitées. Il existe des logiciels pour poster automatiquement sur ces "réseaux sociaux" s'il y a un nouvel élément dans votre flux Atom ou RSS (par exemple pod_feeder pour diaspora* et feed2tweet pour Twitter qui est privateur et centralisé).

Comment faire simplement ?

Si l'on souhaite un ensemble simple et standard, on peut proposer ce qui suit. Ce n'est pas pour autant ce qu'il y a de plus intégré ou de plus habituel pour les gens lambdas, mais ça l'avantage d'être assez simple en soi et donc à priori facilement assimilable avec un minimum de volonté, tout en utilisant des technologies déjà largement expérimentées et disponibles en logiciel libre.